Entretien entre LesAfriques.com et l’historien Djibril Tamsir Niane  sur la  » Charte du Manden « , une déclaration des droits de l’homme faite en Afrique depuis 1236:

Les Afriques : Qu’est-ce que la charte de Kurukan Fuga ?
Djibril Tamsir Niane :
La charte de Kurukan Fuga est un ensemble de « décisions » et de « recommandations » prises par l’assemblée des alliées que Soundjata a convoquée au lendemain de la victoire de Kirina qui lui donna le dessus sur Soumaoro Kanté. C’était en 1236. Ces décisions et recommandations de fait constituent une loi fondamentale qui a servi d’assise à l’empire créé par Soundjata, l’empire du Mali.

« N’offensez jamais les femmes, nos mères. »

LA : Que représente-t-elle pour l’Afrique ?
DTN :
La charte du Mandé dédouane l’Afrique considérée jusque-là comme continent de régression, de violence et d’immobilisme. Il faut s’affranchir des clichés et autres préjugés. La charte du Mandé enseigne la tolérance, la fraternité entre clans et ethnies. La cohésion entre les membres de la société semble avoir été le plus grand souci des hommes et femmes réunis à Kurukan Fuga. Mettre en place un mécanisme de règlement de conflits a été donc la grande affaire : ainsi la parenté à plaisanterie (*) a été institutionnalisée, ainsi que son corollaire, les correspondances entre patronymes, les alliances entre clans. Sa vertu essentielle, c’est de créer un climat de franche convivialité entre les protagonistes en précisant les droits et devoirs qu’ils ont les uns envers les autres pour vivre en paix tout en renforçant la solidarité. La parenté à plaisanterie est fondée sur un pacte signé par les ancêtres et qui a un caractère sacro-saint. Le droit d’aînesse, un des solides piliers de l’édifice social, est expressément prôné par la charte. Ce sont là des valeurs qui ne sauraient être frappées de caducité.

LA : Peut-on dire que dans l’histoire de la pensée humaine, elle est d’une importance comparable à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française ?
DTN : Il est dit dans la charte du Mandé : « Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique… » Peut-on mieux dire pour garantir la sécurité de l’individu. Cela, la charte l’a exprimé avant la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et même avant la Magna Carta des Britanniques de 1297 ; le habeas corpus est le fondement historique des libertés civiles anglaises qui dispose : « Aucun homme libre ne sera pris et emprisonné, ni dépossédé, ni exilé, ni ruiné, de quelque manière que ce soit, ni mis à mort ou exécuté, sauf à la suite d’un jugement loyal des ses pairs et par les lois du pays ». Cette idée capitale qui fonde les droits de l’homme a été exprimée en 1236 à Kurukan au cœur du continent africain.
Mais à l’inverse de la Déclaration des droits de l’homme, la charte de Kurukan Fuga n’a pas bénéficié d’une large diffusion hors du continent africain. A cause de son caractère oral.
Il s’agit de voir vivre nos populations, il s’agit d’observer nos comportements pour comprendre qu’aujourd’hui encore, autant qu’hier, nous sommes sous la loi de la charte. Elle a pour l’Afrique, singulièrement l’Afrique de l’Ouest, une importance aussi grande que celle de la Déclaration des droits sur les peuples européens.
La parenté à plaisanterie qu’elle a institutionnalisée n’est pas plus la propriété des Mandingues qu’elle n’est celle des Ouolofs, des Sérères, des Peuls ou des Soninkés. Chacun la croit élaborée, créée par son peuple. Il ne vient à l’idée de personne qu’à un moment donné elle a été institutionnalisée par Soundjata au XIIIe siècle. Elle appartient au vécu commun de nos peuples qui ont évolué trois siècles durant dans la région de l’empire du Mali.

« Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos gouvernements. »
La charte commande encore les relations entre groupes. Tous les peuples s’en sont appropriés. Les relations de cousinage entre Peuls et Sérères, entre Mandingues et Peuls et les correspondances de noms patronymiques tels que Diarra (chez les Mandingues), Ndiaye (chez les Ouolofs ou chez les Sérères) et Diatta (chez les Diolas) ; l’équivalence entre Traoré (chez les Mandingues) et Diop (chez les Ouolofs), entre Gueye (Ouolofs) et Sissoko, Fakoli (Mandingues) ; toutes ces équivalences ou correspondances remontent au temps de l’empire du Mali.
Ce n’est point hasard si l’on constate aujourd’hui que l’ouest africain, c’est-à-dire la CEDEAO, est la 1ère sous-région du continent à avoir adopté une loi sur la libre circulation des hommes et des biens !

LA : Comment a-t-elle été découverte ?
DTN : Les chercheurs, depuis la parution de l’épopée mandingue en 1960, en connaissaient l’existence ; connaissaient quelques articles, mais on ne disposait pas du texte intégral. Il fallut attendre 1998. Comme cela arrive bien souvent, on l’a découverte alors qu’on ne la cherchait pas ! Des traditionnistes mandingues du Burkina-Faso, de Guinée, du Mali et du Sénégal avaient été regroupés par le CELHTO et Intermédia Consultants, à la diligence de la Francophonie. L’objet du séminaire qui a réuni communicateurs modernes et Djéli était de favoriser une meilleure collaboration pour la sauvegarde du patrimoine oral africain.
Les griots de la Ville Kankan (Guinée), où se tenait le séminaire, organisèrent une soirée culturelle au cours de laquelle les griots déclamèrent l’éloge de Soundjata. Les communicateurs modernes ne s’y trompèrent pas, les maîtres de la parole étaient en train d’énoncer, chacun pour ce qu’il sait, des lois prises par Soundjata et ses compagnons à Kurukan Fuga au cours de l’assemblée qui s’est tenue en ce lieu.
Ainsi, fortuitement, on put reconstituer le texte oral de la charte. Ce texte maninka fut traduit par des linguistes guinéens sous la supervision de Siriman Kouyaté, traditionnaliste et magistrat. Ce texte connut une large diffusion par les soins du CEHLTO. Il vient d’être publié par la Société africaine d’édition et de communication (S.A.E.C) et l’Harmattan.

LA : Quelles sont les garanties de son authenticité ?
DTN :
Les griots qui se sont produits à Kurukan Fuga appartiennent à des « écoles », à des familles de traditionnistes possédant des corpus. Donc, il s’agit des tenants de la tradition orale, assermentés. Les déclamations sont intervenues impromptues, sans préparation, dans le cadre simple d’une soirée. Il s’agissait pour chacun de dire ce qu’il sait. Si tous savaient qu’il y avait en tout 44 articles, aucun d’eux ne possédait les 44 énoncés. Quand ils se sont retrouvés entre eux, ils n’eurent pas de peine pour les aligner les uns les autres.

« Ne faites jamais du tort aux étrangers. »
Chacun dit : « Je dis ce que mon maître m’a enseigné ». On sait que la croyance est forte qui dit qu’un Djéli qui trahit la parole transmise sera frappé par le sort. « La parole altérée le mange ». On n’encourt par un tel risque quand on officie au milieu de ses pairs en assemblée de griots ! Chacun est fier de la chaîne de transmission dont il est l’aboutissement.

* Parenté à plaisanterie : pratique sociale qui autorise, et parfois même oblige, des membres d’une même famille, ou des membres de certaines ethnies entre elles, à se moquer ou s’insulter, et ce sans conséquences ; ces affrontements verbaux étant en réalité des moyens de décrispation sociale.

Sources: Les Afriques

La Charte de Kurukan Fuga Source

La Déclaration universelle des droits de l’Homme Source

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JENNE-JENO (ou DJENNE)

août 4, 2008

JENNE-JENO, UNE ANCIENNE CITE AFRICAINE

Susan Keech McIntosh et Roderick J. McIntosh

Roderick et Susan McIntosh menerent des fouilles archeologiques sur le site de Jenne-jeno et les sites voisins en 1977 et 1981 sur financement du National Science Foundation des Etats Unis d’Amerique et de l’American Association of University Women. Les resultats de ces recherches furent la base de leurs theses de Ph. D., respectivement a Cambridge University et University of California at Santa Barbara. Les McIntosh ont publie deux monographies et de nombreux articles sur leurs recherches dans le Delt a Interieur du Niger. Ils sont tous deux professeurs d’anthropologie a Rice University a Houston au Texas. Ils continuent a collaborer avec leurs collegues maliens de l’Institut des Sciences Humaines dans le cadre des recherches dans le Moyen Niger.

Pendant plusieurs siècles, le haut bassin du Delta Intérieur du Niger, entre Mopti et Ségou, a été un carrefour vital pour les échanges commerciaux. Les sources historiques comme les récits de Réné Caillié aussi bien que ceux des Tarikhs locaux (écrits en Arabe) nous détaillent le rôle central que Jenné joua dans les activités commerciales au Soudan Occidental pendant les 500 dernières années. Au XVIIè siècle, l’auteur du Tarikh es-Sudan, al-Sadi, écrit que « c’est grâce à cette ville bénie que les caravanes viennent à Tombouctou de tout point de l’ horizon ». Selon le fameux ouvrage de Bovill, « Golden Trade of the Moors », l’or provenant des lointaines mines du sud, était acheminé par voie terrestre jusqu’à Jenné et transporté dans des pirogues à fond large à Tombouctou d’où il regagnait par chameau les marchés de l’Afrique du Nord et de l’Europe. Aujourd’hui, la magnifique architecture en banco de Jenné dans son distinctif style soudanais témoigne de ces anciens liens commerciaux avec l’Afrique du Nord.

Situé à trois kilomètres au sud-est de l’actuelle ville de Jénné, la large butte appelée Jenné-Jeno (ancienne Jenné) ou Djoboro (Pl. 1) est considérée par la tradition orale comme l’emplacement originel de Jenné. Dénudé et recouvert de tessons de poterie, Jenné-jeno demeura muette à propos de son histoire et de sa signification pendant des siècles.

Les fouilles scientifiques menées durant les années 1970 et 1980 révélèrent que la butte était constituée de plus de cinq mètres de dépôts culturels accumulés au cours de seize siècles d’occupation dont le début remonte à 200 av. JC. Ces fouilles non seulement doublèrent la période connue sur l’histoire de la région, mais aussi donnèrent d’admirables conclusions sur le développement de la société au plan local. Les résultats rejetèrent les premières assomptions qui, en fait, considéraient l’émergence des sociétés hiérarchisées, le début de l’urbanisme et du commerce à longue distance comme des innovations qui prirent place avec l’arrivée des Arabes d’Afrique du Nord au VIIè-VIIIè siècle. En effet les fouilles à Jenné-Jeno et sur les sites voisins ont clairement démontré la précocité et le caractère autochtone du développement du commerce et des complexités sociales. L’importance de ces découvertes a conduit l’UNESCO à inscrire le site, et cela avec la ville de Jenné, sur la liste du Patrimoine Mondial.

La première occupation à Jenné-jeno.

Il semble que l’occupation permanente devint possible dans le haut bassin du Delta Intérieur aux environs du IIIè siècle av. JC. Avant cette période, le régime des crues du Niger était apparemment plus actif. Dans un tel environnement humide, les maladies causées par les insectes, en particulier la mouche tsé-tsé, décourageaient toute personne voulant occuper la région. Entre 200 av. JC et 100 ap. JC, le Sahel connut d’importants épisodes de sécheresse. Ces épisodes faisaient partie d’une tendance générale de sécheresse qui commença depuis 1000 av. JC. Avant cette période, de nombreux éleveurs et fermiers habitaient la région qui est aujourd’hui le sud du désert du Sahara. Dans cette région de lacs peu profonds et de plaines à steppe, les populations vivaient d’élevage de bovins, caprins et ovins, de culture du petit mil et de pêche. Comme le climat devenait remarquablement de plus en plus sec après 1000 BC, ces populations, petit à petit, se déplacèrent le long des rivières qui coulent plus au sud. Là, elles trouvèrent des zones écologiques présentant un environnement plus hospitalier. L’une de ces zones était la grande plaine d’inondation du Delta Intérieur du Niger avec son riche sol alluvial et un régime de crues favorable à la culture du riz. Les premiers dépôts, à environ six mètres de profondeur à Jenné-jeno (Pl. 2), ont fourni une abondante quantité de riz local, de sorgho, de petit mil et diverses herbes sauvages. La population qui s’installa à Jenné-jeno produisait et utilisait le fer pour confectionner à la fois bijoux et outils. Cela est intéressant car il n’y a aucun minerai de fer dans la plaine d’inondation. Les premiers habitants de Jenné-jeno étaient donc déjà en train de faire des échanges avec d’autres régions. Ils importaient aussi des meules en pierre et des perles. La présence de deux perles en verre d’origine romaine ou grecque suggère qu’une petite quantité de produits exotiques atteignait l’Afrique de l’ouest, probablement après avoir passée par plusieurs intermédiaires. Nous n’avons détecté aucune évidence de l’influence du monde méditerranéen sur les sociétés locales pendant cette période.

L’occupation originelle, qui apparaît avoir eu lieu sur un petit lopin de terre relativement plus élevé, était peut-être limitée à quelques huttes circulaires construites avec des murs de chaume enduit avec du banco. Dans les premiers nivaux, nous avons trouvé plusieurs fragments de torchis brõlés avec des impressions de nattes. Les tessons de poterie associés à ces premiers matériels proviennent de petits vases finement fabriqués et à parois minces. Ces types d’artefacts et de matériaux de construction persistent jusqu’à 450 ap.JC. Ils ont été trouvés dans une grande partie du site de Jenné-jeno. Cela indique que le site était en train de s’étendre. En fait, en 450 ap. JC, le site s’était agrandi jusqu’à couvrir 25 hectares.

Jenné-jeno fleurit : 450-1100 ap. JC.

Dans les dépôts culturels datant du Vè siècle, il y avait des indications claires d’un changement dans l’organisation sociale. Nous avons trouvé des cimetières bien organisés, avec des inhumations dans de larges jarres funéraires (Pl. 3) et dans de simples fosses aux abords du site. Dans un sondage dans la partie ouest de Jenné-jeno, des indices indiquent que l’on avait agrandi le site en amoncelant la terre en provenance des franges de la plaine d’inondation. De nouveaux produits d’importation comme le cuivre (importé de régions situées à plusieurs centaines de kilomètres), l’or (acheminé de mines encore plus lointaines), font leur apparition. Une forge près de l’un des sondages implantés dans la partie centrale du site et datant environ de 800 ap. JC servait à mouler des parures en cuivre et en bronze et aussi à forger le fer. L’évidence des activités de forge continua dans ce sondage pendant encore 600 ans, suggérant que les artisans s’étaient organisés en groupe specialises, opérant dans des endroits spécifiques comme nous pouvons le voir de nos jours à Jenné.

Depuis le Vè siècle jusqu’au IXè siècle de notre ère, les maisons circulaires étaient construites avec des mortiers de banco, ou du banco entassé. Pendant cette période, la ville continuait à se développer. En 850 ap. JC, elle couvrait sa plus grande superficie: 33 hectares. Nous connaissons cela en raison de la présence de tessons de poterie provenant de vases peints et produits à Jenné-jeno uniquement pendant la période s’étendant entre 450 ap. JC et 850 ap. JC. Nous avons aussi trouvé ces tessons de poterie sur le site voisin de Hambarketolo. Cela suggère que les deux sites, qui sont connectés, avaient une superficie totale de 41 hectares (100 âcres) et fonctionnaient comme un même complexe urbain (Pl. 4).

Au IXè siècle, deux changements remarquables surviennent (Pl. 5): les maisons avec les fondations en mortier sont remplacées par une architecture basée sur des briques cylindriques et la poterie peinte par une poterie décorée avec des impressions ou des tampons. Ces nouveautés, dont les sources sont inconnues, ne provoquèrent pas des changements fondamentaux dans la forme ou la configuration générale des maisons ou de la céramique. Il est donc invraisemblable que ces nouveautés étaient accompagnées d’un changement majeur dans la composition ethnique de la société. Le principal modèle était le changement dans la continuité. Une des premières structures construites avec les briques cylindriques (Pl. 6) semblait être le mur d’enceinte qui était large de 3,70 mètre à sa base et s’étendait sur presque deux kilomètres autour de la ville. Toutes ces indications d’une organisation sociale de plus en plus complexe sont particulièrement importantes car elles nous aident à comprendre le contexte autochtone du développement de l’empire du Ghana, une confédération influente qui consolida son pouvoir au sein de vastes zones au nord et à l’ouest du Delta Intérieur du Niger quelque temps après 500 de notre ère. A ce jour, Jenné-jeno est le seul site qui fournit des informations sur la nature des changements et sur la complexité sociale dans le Sahel avant l’établissement du commerce transsaharien. Bien que des fouilles aient été conduites à Kumbi Saleh (au sud de la Mauritanie), la capitale présumée de l’empire du Ghana, celles-ci furent centrées sur les ruines en pierre datant de la période du commerce transsaharien.

Sur le plan régional, plus de 60 sites archéologiques émergent de la plaine d’inondation dans un rayon de quatre kilomètres autour de la ville actuelle de Jenné (Pl. 7). Plusieurs de ces sites étaient occupés au moment où Jenné-jeno florissait entre 800 et 1000 de notre ère. Nous avons suggéré que cet extraordinaire groupement d’établissements humains résultait d’une concentration de population autour d’une rare conjonction de potentiels (Pl. 8): excellent sol pour la culture du riz, levées portant des pâturages pendant la saison des crues, bassin utilisés comme pâturage pendant la saison sèche et accès aux majeurs fleuves, rivières et à tout le système de marigots secondaires et tertiaires pour la communication et le commerce.

Déclin : 1200 – 1400 ap. JC.

Aux XIè et XIIè siècles, l’évidence des premières influences provenant du monde islamique ou de l’Afrique du Nord, apparaît à Jenné-jeno. Ces influences, non ambiguÎs, se traduisent par la présence de bronzes, de fusaðoles et de maisons rectilinéaires. Cela intervient près de la date traditionnelle considérée par le Tarikh es-Sudan comme la date de conversion du roi de Jenné (Koi Komboro) à l’Islam, 1180 ap. JC. Après cette date, Jenné-jeno commença une période de 200 ans caractérisée par un déclin et un abandon graduel. Finalement, en 1400 de notre ère, elle devint une ville fantôme. Nous pouvons spéculer que Jenné-jeno déclina au profit de Jenné et peut-être en rapport avec l’ascendance de la nouvelle religion, l’Islam, aux détriments des pratiques religieuses traditionnelles. La continuation des inhumations en jarres funéraires encore au XIVè siècle nous dit que beaucoup des occupants de Jenné-jeno ne s’étaient pas convertis à l’Islam. La production, en grand nombre, de statuettes en terre cuite pendant cette période et même aux XIVè et XVIè siècles ailleurs dans le Delta Intérieur du Niger marque peut-être l’existence de poches de résistance culturelle (de la part de ceux qui restaient favorable au maintien des pratiques religieuses traditionnelles ) à l’Islam ou aux leaders qui pratiquaient cette religion. Quel que soit la cause de l’abandon de Jenné-jeno, elle se déroula dans un contexte régional plus étendu, car la plupart des sites autour de Jenné-jeno qui étaient occupés en 1000 ap. JC, sont désertés en 1400. Qu’est-ce qui causait ce réalignement de la population? Encore une fois, nous ne pouvons que spéculer. Apparemment, certains habitants se convertirent à l’Islam et s’installèrent à Jenné où la richesse et les opportunités de commerce étaient en train de se concentrer. Mais, il y a aussi le fait qu’à partir de 1400 de notre ère, le climat était en train de devenir de plus en plus sec, causant des remous politiques plus au nord et l’abandon de régions entières. Par exemple, à cause de la sécheresse, le Méma (étudié par l’archéologue malien, Téréba Togola) ne pouvait plus supporter les groupes d’éleveurs et d’agriculteurs qui l’habitaient. Certains de ces facteurs, sinon tous, étaient probablement impliqués dans l’abandon de Jenné-jeno.

Il est facile d’atteindre Jenné-jeno à partir de Jenné. Les ruines de maison et les tessons de poterie à sa surface sont très évocatifs de sa riche histoire. En examinant les profonds ravins qui déchirent la surface, l’on est en train de remonter 1000 ans d’histoire. Mais, s’il vous plaît, rappelez-vous que ce n’est qu’une toute petite partie du puzzle de l’histoire de Jenné-jeno qui a été reconstituée. Tous les artefacts que vous voyez constituent les éléments qui permettront aux archéologues de compléter plus tard l’étude sur son histoire. De ce fait ce sera d’un apport inestimable si vous nous aidiez à sauvegarder ce riche héritage qui loin d’être pour le Mali uniquement, appartient au monde entier. Pour la préservation de cette richesse nous vous prions de respecter le règlement suivant en visitant le site:

S’IL VOUS PLAIT, N’ENLEVEZ AUCUN OBJET ARCHEOLOGIQUE DE N’IMPORTE QUEL ENDROIT DE JENNE-JENO OU DE N’IMPORTE QUEL AUTRE SITE ARCHEOLOGIQUE.

S’IL VOUS PLAIT, N’ACHETEZ OU NE COLLECTEZ AUCUN OBJET ARCHEOLOGIQUE OU STATUETTE VENANT DE SITES ARCHEOLOGIQUES. Ces matériels proviennent de fouilles illicites menées sur les sites du pays. Cela entraîne la destruction et la disparition de données irremplaçables et essentielles à l’étude de l’héritage du Mali.

SACHEZ QUE LES STATUETTES ET AUTRES OBJETS ARCHEOLOGIQUES SONT PROTEGES PAR LA LOI MALIENNE SUR LES ANTIQUITES. Cette législation prévoit des pénalités contre les personnes qui enlèvent et tentent d’exporter les objets archéologiques sans une autorisation officielle.

Source: http://www.ruf.rice.edu/~anth/arch/brochure/broch-fr.html

Djenné en 2006

Djenné from tim tyson short on Vimeo.